Roubaix sur le divan

Intervention : 5 mars 2026 à Roubaix (59) dans le cadre du Cycle de conférences Architectures - Roubaix Quartier Créatif
Psychanalyste urbain : Laurent Petit
Soutien graphique : Paul Binet
Agente de liaison : Anne Lalaire

Invitée dans le cadre du projet Quartier Créatif, l’ANPU présentait le résultats des travaux de psychanalyse urbaine menés sur Roubaix. Fondée en 2008, l’ANPU (l’Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine) s’est vue confier la délicate mission de psychanalyser le Monde Entier. Étape incontournable de cette délicate mission, la ville de Roubaix semble être un cas vraiment à part, une ville hors norme qui a traversé de nombreuses épreuves (traumas) avant de se transformer peu à peu en un sac de nœuds quasi inextricable.... Comment démêler tout ça ?... Faut-il pour autant trancher dans le vif ?...

L’ANPU essaiera comme elle peut de répondre à toutes ces questions, au travers d’une conférence désopilante mais salutaire, qui permettra également d’envisager quelques pistes de traitements.

Laurent Petit, qui a mené l’enquête durant des mois, a gentiment accepté de nous livrer ses premières impressions.

La voix du divan : Laurent Petit, en quoi ce travail de psychanalyse urbaine mené sur la Ville de Roubaix vous-a profondément marqué ?...

Laurent Petit : Disons que c’est un cas qui me touchait tout particulièrement puisque figurez-vous que je suis né à Roubaix, ma mère aussi, ma grand-mère également ainsi qu’un paquet d’ancêtres venus pour une bonne partie de Belgique et de sa partie flamande. Vu le contexte, je n’ai pas pu avoir le détachement émotionnel suffisant pour pouvoir mener une enquête vraiment aboutie.

J’en ai surtout profité pour me psychanalyser moi-même...

La voix du divan : Et quelles conclusions pouvez-vous en tirer je dirais à brûle-pourpoint ?

Laurent Petit : Il faut aussi savoir que mon père est originaire du bassin minier côté valenciennois, un territoire qu’on a psychanalysé tout comme Charleroi dont sont originaires beaucoup de mes ancêtres du côté paternel. Et pour faire une synthèse un peu rapide de tout ça, je crois avoir dans mes gênes le côté énervé, le côté créatif, mais quand même un peu brouillon voire instable de Roubaix, qui se mélange avec le côté travailleur, noir et dépressif mais néanmoins résilient du bassin minier.

La voix du divan : Et qu’est-ce vous retenez de ce travail mené sur Roubaix ?

Laurent Petit : Sur l’arbre mytho-généalogique et la courbe d’épanouissement ci-joints, on voit que la ville possédait au début du XXème siècle une vrai envergure internationale dans le secteur de la laine, au point qu’il a fallu un moment faire venir la laine de plus de 25 millions de moutons, une laine qui venait d’Argentine, de Nouvelle-Zélande, d’Australie et d’Afrique du Sud. On connaissait aussi Roubaix grâce à tous les vêtements produits sur place et qui étaient vendus dans le monde entier.

La voix du divan : Dans quelles circonstances s’est amorcé le déclin de la ville ?...

Laurent Petit : Il semblerait que les délocalisations et l’irruption de la mode du jean dans les années 60 et 70 aient fait beaucoup de dégâts sur le marché de la laine. La fondation de Villeneuve d’Ascq qui survient à ce moment-là a aussi fait beaucoup de tort à une ville dont une bonne partie de la classe moyenne est partie s’installer là-bas, la ville aurait perdu plus de 30 000 habitants, il va sans dire parmi les plus valeureux... Il y a aussi une cause plus mystérieuse que je ne m’explique pas pour l’instant...

La voix du divan : Mais quelle est cette cause ??...

Laurent Petit : Figurez-vous que Roubaix a connu son apogée à une date bien précise, c’était le 30 avril 1911, où, dans la même journée, à partir de midi, on a inauguré à la fois la nouvelle mairie de Roubaix et l’exposition internationale de l’Industrie du Nord de France, une énorme exposition qui durant six mois va accueillir 3500 exposant et plus de 1 million 700 000 visiteurs !!!... On avait organisé pour l’occasion des meetings aériens comme si symboliquement la ville s’envoyait en l’air et éprouvait un orgasme industriel d’intensité 8 sur l’échelle de John Ford. Un vrai moment de grâce, initié donc le 30 avril 1911 à 12 h 00 et là vous pouvez imaginer la suite...

La voix du divan : Non, je ne vois pas..

Laurent Petit : En bons junguiens que nous sommes, on n’a pas pu s’empêcher d’utiliser cette date pour faire le thème astral de la ville et là qu’est-ce qu’on découvre ?...

La voix du divan : Et là qu’est-ce que vous découvrez ?..

Laurent Petit : Hé bien que Roubaix était Taureau ascendant lion !... C’était d’autant plus stupéfiant que durant l’enquête, on avait découvert à Roubaix, l’existence d’un torodrome inauguré en 1888 et où on avait organisé des corridas jusqu’à la guerre 14-18 et tenez-vous bien, l’heure de gloire de ce torodrome avait été justement un combat entre un taureau et un lion ! Un combat à mort, au bout duquel le lion avait été massacré par le taureau, avec deux protagonistes qui constituent donc le signe astrologique de la ville !!!... Incroyable !.... Peut-être bien que la ville de Roubaix a traversé une longue phase de déclin à cause d’un combat intérieur qu’il faudrait encore analyser...

Les recherches se poursuivent à l’heure où nous imprimons ces lignes. Nous vous informerons des suites de cette étrange enquête dans les prochaines Newsletters.

La Voix du Divan - mars 2026

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Laurent Petit enchaîne les interviews ce jour-là... et c’est au tour de Lucien Marsollier, apprenti-journaliste à Lille, de poser ses questions et de faire un papier sur ce qui se trame à Roubaix.


Roubaix s’allonge sur le divan pour une séance de psychanalyse urbaine

Jeudi 5 mars, Laurent Petit présente une conférence-spectacle désopilante au Quartier Créatif à Roubaix. Entre science et poésie, il établit une psychanalyse de la ville et retrace son histoire pour permettre aux Roubaisiens de mieux comprendre leur environnement de vie.

« Roubaix est un cas vraiment lourd, il fallait impérativement lui administrer un traitement. » Dans une ancienne salle de danse, un vidéoprojecteur posé sur une pile de livres d’Histoire, Laurent Petit, vêtu d’une blouse blanche, enlève ses lunettes carrées de sa chevelure ébouriffée et commence sa répétition. « Pour bien comprendre, il faut personnifier la ville tel un patient », explique le scientifique à l’allure déjantée. L’ancien ingénieur, reconverti d’abord en clown de supermarché, s’autoproclame aujourd’hui psychanalyste urbain. Cette discipline, « c’est de la poésie scientifique. J’essaie de parler de choses sérieuses sans me prendre au sérieux ! » définit-il. C’est en 2008 qu’il crée la psychanalyse urbaine avec l’Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine. L’objectif est de mettre en lumière « les traumatismes » d’une ville en parcourant son histoire. Cela permet aux habitants de mieux comprendre le lieu où ils vivent et « de réveiller ce que chaque habitant ressent pour sa ville », explique le comédien.

« J’essaie de parler de choses sérieuses sans me prendre au sérieux ! »

Diapositive après diapositive, les images d’archives défilent. Entre esprit décalé et travail rigoureux, Laurent Petit a monté sa conférence-spectacle, « Roubaix sur le divan », sur la base d’une enquête. « J’ai questionné des historiens, architectes, urbanistes et recueilli des témoignages de locaux » retrace-t-il. Jean-Pierre Mispelion, urbaniste, a épaulé l’ancien clown dans sa quête. Selon lui, la mise en scène de l’urbanisme est une « manière intéressante de prendre du recul sur notre façon d’habiter la ville en reconsidérant ce qui nous entoure. »

Au-delà du sérieux de ce travail scientifique, le psychanalyste urbain ponctue sa présentation de blagues pour alléger la densité du contenu. « Ces archives perdues dans l’incendie nous montrent ce phénomène », dit-il en pointant une diapositive vide, « vu qu’elles ont brûlé. » Cette manière décalée de raconter l’urbanisme par le spectacle permet aux Roubaisiens de repenser leur manière d’habiter la ville. Certains prennent tout cela très au sérieux. « Des spectateurs m’ont déjà suggéré de faire du théâtre », ironise-t-il en ajoutant « chacun est libre d’interpréter comme il l’entend, c’est cette ambiguïté que j’aime. »

Une façon de vulgariser l’histoire urbaine

Cette initiative créative et culturelle est commandée par le Quartier Créatif de Roubaix, un lieu qui vise à rendre la ville plus attractive grâce à la création. « Ce que j’aime avec Laurent Petit, c’est qu’il parle du fond avec un ton léger », confie Odile Werner, administratrice à l’origine de la commande du spectacle. C’est une façon de vulgariser l’histoire urbaine pour la rendre accessible en associant création et culture historique.

Après avoir décrypté l’histoire de la ville, le psychanalyste urbain propose des « traitements » pour remédier aux problèmes constatés. Aucune municipalité n’a encore appliqué pleinement ces solutions. Pourtant, Odile Werner croit en leur concrétisation et veut les présenter aux autorités compétentes, « j’ai invité tous nos collègues de la ville pour qu’ils en prennent connaissance. »

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Et un grand merci à toute l’équipe du quartier créatif de Roubaix et à Paul Binet qui a assuré l’accompagnement graphique de la conférence/spectacle.

Une coproduction L’ANPU.fr, l’Agence Plouf le Bout du Plongeoir, Site Expérimental d’Architecture (Rennes), Energy Cities, les Assises Européennes de la transition Énergétique le, POLAU-pôle arts & urbanisme, la Maison-Folie Wazemmes de Lille, le collectif Exyzt, le collectif Möglichkeit, la revue « Il est déjà trop tard » et la Fédération Française d’Hyperpoèsie

Les études de cas

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